Editorial par Charles Cordemans, rédacteur en chef.
Le 23 ème congrès mondial de l’UIA (Union Internationale des Architectes) qui aura lieu en 2008 à Turin, en Italie, aura pour thème ‘Transmettre l’architecture’. (www.uia2008torino.org)
Architecture moyen de communication et communication de l’architecture sont en effet les sujets récurrents de notre magazine. Et spécialement à partir de ce numéro, dans lequel nous amorçons la rubrique consacrée à la représentation de l’architecture par l’intermédiaire du dessin assisté par ordinateur.
Lié à l’évolution des médias et particulièrement à la communication par Internet, nous prenons de plus en plus tôt connaissance des projets architecturaux, bien avant leurs réalisations. Les résultats des concours sont largement divulgués par la publication des nombreux lauréats, les audacieuses ambitions des pays émergents sont montrées en exemple, tandis que la majorité des bureaux internationaux ont des sites web abondamment illustrés.
Tout cela augure d’une nouvelle perception de l’architecture, à la fois très engagée au niveau des concepts, élargie systématiquement à l’échelle internationale, mais aussi conditionnée par l’imagerie informatique.
La culture de l’image, les effets spectaculaires, la tentation de la représentation réaliste et la surenchère de la technique des logiciels, sont quelques simplifications qui ne doivent pas occulter les véritables motivations des projets.
Transmettre, argumenter, convaincre, ont désormais leurs outils qui doivent s’affûter en fonction de la personnalité du créateur et des idées à valoriser.
Nous verrons en effet que le dessin assisté par ordinateur a déjà sa palette de langages. De l’hyperréalisme à l’exposé technique, de l’abstraction des intentions à la virtuosité des représentations, de l’intégration aux situations existantes à la mise en scène des espaces intérieurs, rendu des matériaux, parcours des lumières, etc.
L’architecture devrait en sortir gagnante, reprendre sa place parmi les émotions de notre société et renouer avec le plaisir pur de la contemplation.
Editorial par Charles Cordemans, rédacteur en chef.
La notion de «style» n’existe plus en architecture!
Ce qui autrefois caractérisait une société dans ses unités de temps et de lieu, est remplacé par l’expression individuelle de personnalités architecturales. Une manière de se soustraire au conditionnement d’une époque, en même temps que de s’ouvrir à la perception globale du monde.
Les projets sélectionnés témoignent de la grande diversité du langage architectural d’aujourd’hui, qui honore les matières, rénove les formes, extrapole les couleurs, et expérimente les nouvelles technologies. Sans oublier les références aux matières premières intemporelles que sont toujours les notions d’échelle, d’espace et de lumière.
Editorial par Peter Jacobs, rédacteur en chef.
Chez nous, et notamment en Flandre, la qualité de l’architecture s’apprécie généralement sur des bases minimalistes, plutôt linéaires et rigoureuses. Mais, dans le paysage architectural international, cette méfiance face à une conception plus sensorielle et intuitive des projets est depuis longtemps déjà largement dépassée. Les métaphores ont à nouveau leur place, les images et les émotions peuvent également s’exprimer, sans pour autant pénaliser le caractère fonctionnel des lieux.
L’ «Hôtel Marques de Riscal» (Elciego, Espagne), imaginé par le bureau Gehry Partners LLP, par exemple, est un luxueux établissement qui offre une expérience unique tant pour les amateurs de vin que de design. Ce projet a été conçu pour une des plus anciennes propriétés viticoles de la région, qui voulait redéfinir son image et s’ouvrir au grand public. Le résultat: un ensemble de métaphores qui évoquent la culture de la vigne. Les couleurs et le volume font référence au vin, comme s’il coulait sur le bâtiment.
Le Webb Bridge de Melbourne (Australie), de son côté, est le résultat d’un partenariat entre le bureau d’architectes Denton Corker Marshall et l’artiste Robert Owen. La structure organique de la construction suggère la vie, un moment dans le temps. Le remarquable (et presque invisible) lien entre l’ancien et le nouveau ponts suscite de nouvelles interactions, au carrefour entre le passé, le présent et le futur. En outre, une attention particulière est accordée au confort puisque la partie neuve du pont peut devenir un poste d’observation des alentours et même un lieu de rencontre.
Cette nouvelle tendance internationale, basée sur l’émergence des sens, a été initiée, il y a quelques années, par les designers d’intérieur. On voulait alors se débarrasser du carcan rigide du minimalisme. La forme ne devait plus rester une extrapolation aussi fidèle de la fonction. On retrouve aussi cette attention dans le nouveau concept des magasins “Miss Sixty” (une marque internationale de vêtements pour femmes, conçus en Italie), qui s’attache à évoquer lui aussi des émotions. Pour créer une atmosphère chaleureuse, féminine et envoûtante, les concepteurs ont recherché l’inspiration dans les modèles et les couleurs du design luxueux des années 70, traduits dans des structures 3D, comme l’illustre notamment le mobilier…
Peut-être pouvons nous prendre exemple ici pour que la qualité de notre architecture ne soit plus évaluée seulement selon nos seuls critères de minimalisme et d’une certaine monotonie qui lui est associée.
Editorial par Peter Jacobs, rédacteur en chef.
“L’introduction dans l’architecture d’éléments venant de l’environnement naturel produit un effet de profondeur et donne à l’espace une impression qualitative de changement constant.” C’est ainsi qu’Akira Sakomoto décrit son projet “House à Kashiba” (Japon). Les grandes baies vitrées offrent un lien visuel avec les jardins intérieurs et l’environnement changeant selon les saisons. L’extérieur devient un décor animé qui peut être ressenti à partir de l’espace intérieur statique.

Bien que cette approche ne soit pas vraiment originale, elle n’est pas facilement réfutable. Du reste, les éléments naturels sont régulièrement utilisés pour donner une plus-value à l’architecture. Les architectes de Sasaki Associates se sont penchés sur l’expérience de jour et de nuit du pavillon d’entrée de la « Salle de Concerts » en Utah (USA). La journée, les rayons du soleil pénétrant par des lucarnes triangulaires remplissent le pavillon d’une ambiance joyeuse. De nuit, les illuminations redessinent les colonnes implantées aléatoirement et prolongent ainsi l’ambiance du pavillon jusque sur la place qui lui fait face.
L’expérience du « Delta Shelter » à Mazama (Washington, USA) de Tom Kundig (Olson Sundberg Kundig Allen Architects) est elle aussi dominée par les éléments naturels. Les grandes baies vitrées font pénétrer l’animation extérieure dans toutes les petites pièces de l’habitation. Et en l’absence des occupants, les vitres peuvent être occultées par des panneaux de façade en acier patinable d’une couleur similaire aux troncs d’arbres voisins, la bâtisse se fondant ainsi dans son environnement.
Bien entendu, le recours aux éléments naturels n’est pas le seul moyen pour donner une sentiment de changement à un espace. En tirant les rideaux du bar souterrain « Le Paon Bleu », le concepteur Andreas Lyckefors prévoit sa transformation, en un tour de main, d’un élégant restaurant en une discothèque huppée. Les visiteurs formeront le « tableau vivant » qui changera l’expérience procurée par cet espace.
Editorial par Peter Jacobs, rédacteur en chef.
Etablir un dialogue entre l’architecture et son environnement est une réponse fréquente de concepteurs lorsqu’il leur est demandé de décrire une réalisation ou un projet. Même si le point de départ est identique, ils se servent souvent d’un autre vocabulaire pour atteindre ce résultat.
Le bâtiment d’accès du centre d’arts de Tongxian près de Beijing se trouve sur un site où demeurent des artistes et où le public vient visiter, entre autres, des expositions. Lors de la conception Nader Tehrani (Office DA, Boston) a recouru aux traditions, typologies et techniques locales et les applique pour la subdivision et la délimitation des espaces. Le résultat en est une interaction intéressante entre les locaux ouverts au public et les logements des artistes.
Kengo Kuma se réfère plutôt à des aspects formels de l’environnement qu’à des éléments de contexte culturels. L’architecte japonais attribue la couleur et la forme des façades perforées de la «Maison Lotus » au feuilles de la fleur de lotus dont provient tout simplement le nom.
Maniant les émotions que lui procurent la nature environnant, Frederico Gomez Crespo a composé l’hôtel Rodavento (Mexique) en grande partie de bungalows indépendants, comportant une structure de bois et d’acier, munie d’une toiture en toile tendue. Il considère sa réalisation d’une «harmonieuse légèreté» et comme une «superposition» au site car elle ne s’y impose pas. Un dialogue enrichissant avec la nature peut donc commencer.
Editorial par Peter Jacobs, rédacteur en chef.
Les architectes tentent souvent de définir leurs réalisations par rapport à leur entourage et recourent alors aussi bien à des images qu’à des métaphores. Wendell Burnette dépeint ses réalisations comme des instruments qui doivent être accordés à leur environnement et ont donc une certaine responsabilité envers celui-ci. Ainsi, lors de la définition du «Field house» à Ellington (Wisconsin, Etats-Unis), il s’est inspiré des formes et des matériaux des silos environnants.
Pour le gymnase de Parilly (France), des exigences strictes ont été imposées au projet de Raphaël Pistilli en terme d’implantation dans l’entourage. Le bâtiment devait pouvoir résister au vandalisme et être implanté dans un terrain rectangulaire. Pour éviter de créer un volume fermé sur lui-même tel un bunker, l’architecte a cherché une image qui donnerait au bâtiment un rayonnement positif. A partir d’un plan au sol rectangulaire, le volume a été formé par des courbes arbitraires tout en préservant des proportions et une hauteur en harmonie avec les bâtiments avoisinants.
Le théâtre et auditorium Gota de Plata (Mexique), réalisation de Migdal Arquitectos, est un exemple caractéristique d’une architecture où métaphore, image et implantation se fondent en un. Le bâtiment fait partie d’un parc culturel et borde une «plaza» formée par une immense mosaïque de Byron Galvez. Le grand auvent comporte une structure imposante faite de miroirs dans lesquels la grande place multicolore est réfléchie et semble recevoir continuellement une nouvelle interprétation.
Editorial par Peter Jacobs, rédacteur en chef.
La maison unifamiliale construite à Hinwil, d’après des plans dressés par Beat Rothen, constitue un exemple caractéristique du concept évoqué en titre. Son esthétique et les couleurs des matériaux ont été choisis délibérément aux fins de détacher le bâtiment de son environnement. En fait, les architectes ont poussé leur démarche plus loin encore: ils ont voulu susciter l’impression que la maison avait été posée après coup, quasiment comme un ornement du jardin.
Un parti architectural similaire, quoique moins extrême, a guidé Johnston Marklee lorsqu’il dessina la «Hill House» construite à Pacific Palisade( Californie). La forme bizarre du volume représente en effet «l’enveloppe» maximale autorisée par les différentes prescriptions urbanistiques locales. Les architectes entendaient de la sorte s’inscrire dans le mouvement de recherches expérimentales ininterrompues qui vise à créer un nouveau mode d’habitat à Los Angeles.
L’installation d’une «sculpture» dans l’environnement ne découle toutefois pas systématiquement d’une démarche expérimentale ou volontairement provocatrice. Mark Horton qualifie lui-même le projet du «Sonoma Wine Bar» élaboré pour Sebastopol (Californie) comme l’implantation d’un «bâtiment-objet» dans un paysage naturel. L’esthétique et la mise en œuvre des matériaux y ont été déterminés pour relier le bâtiment à son environnement tout en lui offrant, vu sa fonction, une plus-value architecturale.
Editorial par Peter Jacobs, rédacteur en chef.
Thème d’actualité, construire en vue d’économiser l’énergie requière un supplément d’imagination de la part des auteurs de projet. A cet égard, la récente législation édictée par les autorités flamandes a interpellé, bon gré mal gré, nombre d’architectes. Et aujourd’hui, la recherche de solutions économes en énergie devient une préoccupation majeure. Cette édition d’ABSTRACT(magazine) présente des projets élaborés par des architectes qui ont privilégié l’économie d’énergie.
Ainsi, l’architecte John Wardle a conçu la résidence “Vineyard” (Victoria, Australie) comme une construction ouverte et orientée vers le Sud. L’auvent qui couvre la terrasse protège du soleil durant les chauds mois estivaux et une attention toute particulière a été apportée à la ventilation des espaces de vie.
Luca Lancini, en élaborant “The Fujy Project” (El Escorial, Espagne), en a dessiné les différentes façades selon leur orientation spécifique, tenant compte, de manière extrêmement fine, de l’influence des contraintes climatiques locales.
Les architectes enveloppent de plus en plus la structure de façade primaire d’une “deuxième enveloppe” qui sert notamment de filtre à l’égard des rayons solaires directs. Et ce tout en favorisant une ventilation naturelle entre les deux façades. Cette approche est également appliquée aux projets architecturaux de grande envergure, et personne ne s’étonnera que des experts tels que Herzog & de Meuron l’ait adoptée. Il en est ainsi du musée Young (San Francisco, USA) dont ils décrivent, non sans un certain lyrisme, le revêtement de façade réalisé en panneaux de cuivre perforé, comme un “sismographe capable de saisir et d’enregistrer la lumière directe et les changements de saison”.
Cette deuxième enveloppe peut également être “mobile”, comme pour la “Rupp House” (Autriche), dessinée par l’atelier d’architecture Früh Architekten. Le volume de l’habitation proprement dite est suspendu à un cadre d’acier extérieur et des écrans peuvent être abaissés entre les éléments de ce cadre, procurant une protection contre le vent et le soleil tout en augmentant l’intimité du logement.