« Into Eternity »

« Into Eternity »

Florian Schneider-Esleben, co-fondateur de Kraftwerk, groupe qu’il avait quitté fin 2008, est décédé. Âgé de 73 ans, il aurait succombé à un cancer foudroyant, a fait savoir l’un des managers de la formation allemande. La mort du musicien est entourée d'un certain secret, des rumeurs sur sa santé circulaient depuis début avril, notamment quand Wolfgang Flür, un ancien membre du groupe, avait publié une photo de lui et de Schneider dans un bar sur les réseaux sociaux, sans autre explication. Schneider avait gardé un profil si bas après avoir quitté Kraftwerk que des rumeurs de sa mort avaient déjà circulé auparavant, pour se révéler erronées par la suite.

Peu de gens auraient pu prétendre avoir exercé autant d'influence musicale tout en restant si énigmatiques. C’est en 1970 que Florian Schneider fonde le groupe Karftwerk avec Ralf Hütter. Les deux musiciens se sont rencontrés au conservatoire de Düsseldorf deux ans auparavant. Florian joue de la flûte et du violon, mais très vite les deux musiciens se passionnent pour la technologie, le design, l’architecture, et aussi les films de Jacques Tati.

Florian Schneider est le fils de l'architecte Paul Schneider-Esleben, un des architectes qui a eu une influence significative sur le modernisme d'après-guerre. Dans les années 1950, les premiers bâtiments Schneider-Esleben furent construits et devinrent des œuvres clés du modernisme en Allemagne dans un style dit international, comme en témoigne la tour Mannesmann sur les bords du Rhin à Düsseldorf et une partie de l’aéroport Konrad-Adenauer de Cologne-Bonn. À partir de 1961, Schneider-Esleben enseigna à Hamburg et fut fortement influencé par le brutalisme des années suivantes. 

L’aisance matérielle de son père a permis à Florian Schneider de s’offrir très tôt les dernières technologies en matière de musique électronique, comme avec l’acquisition d’un premier synthétiseur Moog en 1970. Ce «fétichiste du son» comme le décrivait Hütter, avait un intérêt pour la synthèse vocale (Schneider a breveté un «système de synthèse de chant en temps réel» appelé Robovox en 1990), et faisait preuve d’un tel perfectionnisme et d’une telle radicalité en tant qu’expérimentateur que c’est une des raisons généralement avancée pour expliquer pourquoi Kraftwerk a sorti si peu d’album, notamment après 1981.

Grandi dans une Düsseldorf à moitié détruite, pleine de trous et des stigmates des bombardements alliés, « comme Beyrouth pendant la guerre du Liban », Florian Schneider s’inspire de son environnement: les vapeurs sidérurgiques de la Ruhr et une esthétique qui entrevoit la domination de la machine sur l’homme. "Kraftwerk n'est pas un groupe", déclarait Schneider au magazine Rolling Stone, "C'est un concept. Nous l'appelons «Die Menschmaschine», ce qui signifie «la machine humaine». Je suis moi. Ralf est Ralf. Et Kraftwerk est le véhicule de nos idées. »

Lorsque le critique musical Lester Bangs fait remarquer à Schneider lors d’une interview en 1975 qu’il trouve la musique de Kraftwerk peu émotive, celui-ci lui explique patiemment que « émotion » est un mot étrange : « Il y a une idée de l’émotion largement admise et une autre plus « froide », toutes deux sont aussi valables. Ce n’est pas l’émotion corporelle, c’est l’émotion mentale. Nous aimons ignorer le public pendant que nous jouons, et nous concentrer uniquement sur la musique. Nous nous intéressons beaucoup à l’origine du son. La source de la musique. Le son pur est une chose que nous aimerions beaucoup atteindre ».

En 1998, Florian Schneider a été nommé professeur d’art médiatique et de performance à l’Université des Arts et du Design de Karlsruhe (Staatliche Hochschule für Gestaltung Karlsruhe). Pour autant, l’université fait remarquer qu’il n’y a jamais donné une seule heure de cours.

NH

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