Les tours du futur seront-elles en kapla ?

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Bois, chanvre ou terre crue… arrivés il y a quelques années sur le marché, ces matériaux biosourcés se propagent doucement dans le secteur du bâtiment.

Dans un contexte de responsabilisation environnementale du secteur, ils offrent des alternatives aux énergivores béton et à l’acier largement généralisés au cours du dernier siècle. Petit tour d’horizon des matériaux végétaux du bâtiment de demain.

Les plus grands amateurs de monuments en Kapla n’osaient même pas en rêver, la Norvège l’a fait. Une tour en bois de 85,4 mètres doit être inaugurée en mars 2019, ce sera la plus haute construction en bois du monde. Impensable il y a quelques années, un tel exploit est le fruit de la longue maturation du bois dans le secteur du bâtiment. Car si aujourd’hui les maisons individuelles en bois se sont démocratisées, les projets de hauteur rencontrent encore des défis techniques et réglementaires.

L’opportunité pour un tel marché n’est plus à prouver. Ingrédient central de la fabrication du béton, le sable est une des ressources les plus utilisées au monde. Non seulement sa surexploitation menace les écosystèmes naturels où il est extrait mais son déplacement puis sa transformation en béton ont un coût et un impact environnemental. À l’échelle du globe, la fabrication de ciment représente environ 7 à 8 % des émissions totales de CO2. Le bois en revanche n’a pas de coût de transformation et constitue un puit à carbone intéressant : pour sa croissance, 1m3 de bois va absorber 1 tonne d’équivalent CO2 et les stockera ainsi dans le bâtiment.

Le bois prend de la hauteur

« Le bois constitue un atout pour la transition énergétique » disait en 2017 Emmanuelle Cosse, alors ministre du Logement et de l’Habitat durable. La longue bataille du bois pour faire ses preuves arrivait doucement à son terme alors qu’en France les premiers démonstrateurs de grande hauteur fleurissaient. L’un d’entre eux, le projet Sensations prévu pour le printemps prochain à l’est de Strasbourg est la première tour de logement grande hauteur présentant des planchers, des façades ainsi que des noyaux d’ascenseur et d’escaliers en bois. Seul le rez-de-chaussée est en béton. Directeur technique du programme, Philippe Michel détaille les avantages du matériau : « le bois se comporte bien au feu, la pose est quasiment deux fois plus rapide et les charges plus légères. De plus, il donne aux occupants une sensation de bien-être ».

Alors que la réglementation est incomplète, que les procédés et les outils sont nouveaux, il s’agit d’avancer pas à pas pour consolider une filière. « La réglementation date de 1986 et ne prévoyait que le béton, mais c’est un mode constructif très différent, explique Philippe Michel. Elle est en train de s’adapter mais pour nous ce n’est pas toujours évident d’anticiper ». « On s’est associé au CSTB qui est l’instance nationale qui valide les avis techniques sur des produits non courants. On a fait des essais acoustiques et au feu en laboratoire pour s’assurer de ce qu’on réalisait. Tout cela nous a amené à définir et à modifier un certain nombre de choses au vu des résultats que l’on a obtenu, et à un niveau plus large ça participe à un retour d’expérience sur la construction en bois en France ».

Le chanvre français prend son temps

Matériau bien plus récent et 100% made in France, le chanvre doit accomplir un parcours d’obstacles plus difficile encore. Aujourd’hui, fort d’une trentaine d’années dans le bâtiment, le chanvre a longtemps été vu comme le cousin peu crédible des matériaux biosourcés. Inventé en France en 1986, le béton de chanvre est porté depuis 1999 par l’association Construire en Chanvre. Celle-ci s’occupe d’éditer les règles professionnelles et de créer les référentiels de formation. Elle garantit la qualité du béton grâce à un label Granulat Chanvre pour la construction. La croissance du marché est lente mais semble une évidence pour ses défenseurs.

Fondateur de l’association, Jean-Marc Naumovic résume : « le chanvre dépollue les sols, il n’a pas besoin d’eau ni de pesticides. C’est une plante de rotation idéale pour les agriculteurs et qui aide les territoires. Bien utilisé dans une maison individuelle, il peut remplacer le chauffage et la climatisation. Il offre des sous produits dans les domaines médicaux, cosmétiques ou plasturgiques… C’est l’intérêt sociétal qui est en jeu. Par contre il faut que tout avance en même temps. Si la logistique ne suit pas il y a un déséquilibre. En 4-5 ans on est passé de 9.000 à 17.000 hectares, si demain on nous dit de passer à dix fois plus, personne n’est prêt ».

La terre crue des tunnels du Grand Paris

Comme le chanvre, la terre crue est sujet d’un engouement croissant mais encore limité. Alors que les professionnels du secteur se mobilisaient cet été pour une “architecture frugale”, les travaux du Grand Paris génèrent chaque année des dizaines de millions de tonnes de terre qui doivent être acheminées sur des sites de stockage. Pourquoi ne pas exploiter cette terre localement et diversifier les matériaux de construction ? « Elle offre une inertie thermique et une régulation de l’hygrométrie remarquables, c’est un produit sain, sans émanation de polluants, biodégradable et recyclable, avec un bilan carbone proche de zéro », détaille l’architecte Paul-Emmanuel Loiret au journal Le Monde.

À l’heure où la Mairie de Paris s’interroge sur le matériau des cours d’écoles, dont le béton est progressivement remplacé par un béton drainant de couleur claire pour limiter la rétention de chaleur, c’est peut-être le moment de penser aux matériaux biosourcés.

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