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Sharjah (EAU) met en lumière les archives architecturales du monde arabe

Dans un contexte régional marqué par l’instabilité politique, la Sharjah Architecture Triennial (SAT) poursuit son engagement en faveur de la préservation du patrimoine architectural avec un nouveau projet ambitieux : A Journey into Architecture Archives: Baghdad, Damascus, Tunis. Présentée du 2 mai au 12 juillet, cette initiative prend la forme d’une « Collection Room », un dispositif inédit qui reflète une approche plus introspective et durable de l’exposition.

Ce nouveau chapitre s’inscrit dans la continuité d’un programme de recherche à long terme consacré aux archives architecturales du monde arabe. Après une première édition en 2023 centrée sur Beyrouth, Le Caire et Rabat, le projet élargit aujourd’hui son périmètre à trois villes emblématiques : Bagdad, Damas et Tunis. À la tête de cette exploration, l’architecte libanais George Arbid, déjà commissaire de l’édition inaugurale, poursuit son travail de mise en réseau des savoirs et des mémoires architecturales régionales.

Une exposition transformée en espace de recherche

Face à la fragilité croissante des archives dans des contextes politiques instables, la SAT opère un changement notable de format. Exit la scénographie spectaculaire : place à une « Collection Room », espace plus sobre, conçu pour favoriser une relation directe et prolongée avec les documents. Ce choix méthodologique souligne l’urgence de préserver des fonds souvent menacés, fragmentés ou négligés, tout en réaffirmant leur rôle central dans la transmission du savoir architectural.

L’exposition rassemble ainsi des matériaux rares issus de collections privées et d’institutions, principalement datés entre 1930 et 1980. Dessins à la main, documents originaux et maquettes — parfois recréées en impression 3D — témoignent d’une époque pré-numérique où l’architecture se pensait encore au crayon, dans un dialogue tangible entre conception et matière.

Entre mémoire et disparition

Au cœur de cette Collection Room, les visiteurs découvrent des projets réalisés, transformés ou restés à l’état de vision. Parmi eux, des documents relatifs à l’Hôtel du Lac à Tunis, conçu par l’architecte italien Raffaele Contigiani et aujourd’hui menacé de démolition, mais aussi des archives sur des cinémas expérimentaux à Damas ou encore des projets modernistes à Bagdad.

L’un des ensembles marquants concerne le bâtiment de la municipalité conçu par Hisham Munir à la suite d’un concours en 1978. Ce projet incarne une génération d’architectes cherchant à concilier modernité et traditions locales, mêlant béton brut, briques, bois et formes arquées dans une synthèse audacieuse.

À travers ces fragments, l’exposition reconstitue des architectures disparues, altérées ou jamais construites, offrant une lecture complexe des ambitions urbaines qui ont façonné ces villes.

Des archives vivantes, entre film et témoignage

Prolongeant cette réflexion, le projet inclut trois documentaires réalisés par George Arbid et produits par la SAT. Tournés à Bagdad, Damas et Tunis, ces films explorent les archives in situ, mêlant découvertes matérielles, récits oraux et témoignages d’architectes, historiens et habitants. Une manière de rappeler que l’archive n’est pas un objet figé, mais une matière vivante, en constante réinterprétation.

Ces ressources audiovisuelles seront d’ailleurs mises en ligne à l’issue de l’exposition, contribuant à la constitution d’une base de données accessible à long terme.

Un projet collectif tourné vers l’avenir

Pour George Arbid, l’enjeu dépasse largement la simple conservation : il s’agit de construire un archive architectural commun, capable de nourrir la recherche, l’éducation et l’imaginaire collectif. « Dans des contextes de conflit, notre rôle ne se limite pas à montrer l’histoire, mais à prendre soin des récits qu’elle porte », souligne-t-il.

Même son de cloche du côté de Mona El-Mousfy, conseillère fondatrice de la SAT, qui insiste sur la nécessité de collaborer avec les acteurs locaux et régionaux pour enrichir ces archives et en garantir la transmission.

À l’occasion de l’ouverture, une conférence et une table ronde en ligne réuniront chercheurs et praticiens, prolongeant la réflexion au-delà de l’espace d’exposition.

— 22 avril 2026 —