Skip to main content

    Faire disparaître la lumière

    À la Sagrada Família, une technologie invisible donne vie à l’Agnus Dei d’Andrea Mastrovito

    Installée à 172 mètres au-dessus de Barcelone, l’œuvre monumentale « Gv 1,29 » d’Andrea Mastrovito prend place au sommet de la croix qui couronne la Tour de Jésus-Christ de la Sagrada Família. Pour en révéler les détails dans l’obscurité, Studio Waldemeyer a développé un dispositif d’éclairage ultraviolet entièrement dissimulé.

    Le 10 juin 2026, la Tour de Jésus-Christ et sa croix ont été bénies par le pape Léon XIV à Barcelone. À cette occasion a été dévoilée « Gv 1,29 », une installation monumentale réalisée par l’artiste italien Andrea Mastrovito au point culminant de la croix qui surmonte la tour, à 172 mètres au-dessus de la ville.

    Commandée par la Junta Constructora de la Sagrada Família, l’œuvre vient compléter un élément symbolique imaginé par Antoni Gaudí dans les plans originels de la basilique. Le projet s’inscrit ainsi dans une histoire architecturale commencée en 1882 et toujours en construction aujourd’hui.

    Au cœur de l’installation se trouve une sculpture en verre réalisée à la main par Andrea Mastrovito, représentant un agneau, référence directe à l’« Agnus Dei » et à l’évangile selon saint Jean. Le titre de l’œuvre reprend le verset Jean 1,29 : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »

    Pour mettre en lumière cette sculpture sans en dévoiler la source lumineuse, le projet a fait appel à Studio Waldemeyer, agence londonienne spécialisée dans le croisement de l’art, du design, de l’ingénierie et de la technologie. Son intervention repose précisément sur une idée paradoxale : faire disparaître la lumière elle-même pour ne laisser apparaître que l’œuvre.

    Une lumière conçue pour disparaître

    L’une des principales difficultés techniques consistait à donner l’impression que le verre émettait sa propre lumière, sans câble, projecteur ou dispositif apparent. Studio Waldemeyer a donc développé un système d’excitation ultraviolette dissimulée, destiné à activer des pigments phosphorescents intégrés au pelage de verre de l’agneau.

    Une fois la nuit tombée, ces pigments réagissent aux rayons ultraviolets et font apparaître progressivement les inscriptions inspirées de Jean 1,29, donnant à la sculpture un halo intérieur subtil et presque immatériel. La technologie demeure invisible tandis que la lumière semble provenir directement de la matière.

    Le même principe a été appliqué aux rayons dorés qui entourent l’agneau, afin de préserver la sobriété de l’ensemble et de renforcer l’impression que l’installation s’illumine de l’intérieur.

    « Les projets comme celui de la Sagrada Família exigent une autre manière de penser la technologie », expliquent Moritz Waldemeyer et Nazanin Farahbod, cofondateurs de Studio Waldemeyer. « Notre rôle n’était pas de créer un effet lumineux, mais de faire totalement disparaître la technologie afin que le visiteur ne perçoive que l’œuvre elle-même. La solution la plus réussie est souvent celle que l’on ne voit pas. »

    Art, architecture et ingénierie

    Studio Waldemeyer a accompagné Andrea Mastrovito et Studio Reduzzi dès la phase de concours jusqu’à la réalisation finale du projet. Le studio a notamment participé au développement du concept, à la modélisation 3D, aux rendus et au conseil en ingénierie, avant d’assumer le rôle de spécialiste de l’éclairage pendant toute la phase de réalisation, en étroite collaboration avec l’équipe architecturale de la Sagrada Família.

    La réalisation associe ainsi plusieurs savoir-faire : verre soufflé artisanalement, feuille d’or, ingénierie mécanique et technologie lumineuse phosphorescente. L’ensemble forme une œuvre où les disciplines ne s’additionnent pas simplement, mais se fondent dans une expérience unique.

    Cette approche correspond à la démarche de Studio Waldemeyer, qui cherche à intégrer l’ingénierie avancée à des ambitions artistiques et architecturales, en développant des solutions technologiques sur mesure capables d’élargir les possibilités de l’art public.

    Fondé en 2016 par Moritz Waldemeyer et Nazanin Farahbod, Studio Waldemeyer est basé à Londres et intervient à la croisée de l’art, de l’architecture, du design, de la technologie et de la lumière. Le studio développe notamment des installations immersives, des dispositifs d’éclairage architectural, du design de collection et des commandes spécifiques pour des artistes, des marques et des institutions culturelles internationales.

    Parmi ses projets récents figurent notamment des collaborations avec Bentley, Jamiroquai, l’European Cultural Centre Venezia et plusieurs institutions culturelles internationales. Certaines de ses réalisations sont conservées dans les collections permanentes du Museum of Modern Art (MoMA) de New York et du Design Museum de Londres.

    Avec « Gv 1,29 », l’atelier londonien pousse une nouvelle fois cette approche à son extrême : ici, la prouesse technologique ne cherche pas à se montrer. Elle s’efface pour laisser apparaître un agneau de verre suspendu au sommet de la Sagrada Família, comme illuminé de l’intérieur. Une démonstration assez élégante qu’en architecture, la technologie n’a pas toujours besoin de faire son intéressante.

    — 19 août 2026 —